Cedarhedge

Histoire de Cedarhedge

En 1870, le premier ministre du Canada, Sir John A. Macdonald, a autorisé la construction de la résidence officielle du directeur du pénitencier de Kingston. Le 28 août 1873, le directeur John Creighton et ses 5 enfants devinrent la première famille à vivre dans cette maison.

Avant que la résidence soit construite, les directeurs du pénitencier de Kingston et leurs familles résidaient dans des appartements à l'intérieur du pénitencier. L’aile hébergeait également les bureaux de l’administration.

Entièrement réalisée par les détenus sous la surveillance d’enseignants de métiers, la construction s’est achevée au bout de 3 ans. Le coût? Environ 9 000 $ (en dollars de 1873). Conçue selon le style vernaculaire des villas italiennes par l'architecte du pénitencier, Henry H. Horsey, elle a été construite en combinant des pierres de calcaires locales de Kingston provenant de la réserve du pénitencier, à du grès d'Ohio. À la fin du 19e siècle, la résidence a été nommée Cedarhedge, en référence aux anciennes haies de cèdres taillés le long de la route.

Au dire de tous, la vie à Cedarhedge était luxueuse. À son apogée, la propriété affichait des vergers de pommiers, des serres, des vignobles et un jardin d'hiver. Des détenus jardiniers travaillaient chaque jour sur les vastes terrains de la propriété, et certaines familles résidentes sont connues pour avoir employé leurs propres domestiques, non détenus, dans la maison. La grandeur de cette maison est illustrée par au moins deux cartes postales produites pour la vente au public vers 1900.

Résidents de Cedarhedge

John Creighton (28 août 1871 — 31 janvier 1885)

John Creighton

L’homme d’affaires et politicien local John Creighton a été nommé directeur du pénitencier de Kingston en octobre 1870. Né en Irlande en 1817, M. Creighton a commencé dans le commerce des imprimantes et des machines à composer, en travaillant au journal local avant de devenir greffier au « City Bookstore ». Il a plus tard racheté l'entreprise, ajoutant un service de travaux de ville et un atelier de reliure.

De 1859 à 1861, Creighton a travaillé pour le conseil municipal de Kingston en tant que conseiller pour le quartier de Victoria. Il est devenu conseiller municipal de ce quartier en 1862. En 1863, il a été élu maire de Kingston et a été reconduit par acclamation en 1864 et 1865. Pendant son mandat de maire, il a agrandi le City Park, amélioré les conditions sanitaires et restauré l'aile du marché de l'hôtel de ville après le tragique incendie de 1865. Il a également fait installer l'horloge sur le dôme de l’hôtel de ville.

En 1866, Creighton est devenu magistrat de police, puis en octobre 1870, il a été recommandé pour le poste de directeur par Sir John A. Macdonald et Sir Alexander Campbell. En tant que chef de famille monoparentale, il ne souhaitait pas élever ses cinq enfants dans les appartements de l’enceinte du pénitencier, qui selon lui, nécessitaient d'importantes réparations. En conséquence, le premier ministre du Canada, Sir John A. Macdonald, à l'époque également ministre de la Justice, a autorisé la construction de la résidence officielle du directeur du pénitencier de Kingston, « Cedarhedge ».

Au cours des années 1870, le service pénitentiaire s'étendait avec l'établissement de nouveaux pénitenciers au Québec, au Manitoba et en Colombie-Britannique. Les directeurs nouvellement nommés de ces établissements se réunirent à Cedarhedge avec le directeur Creighton pour discuter des activités et de la gestion de leurs nouveaux pénitenciers.

Considéré par beaucoup comme étant le premier directeur aux principes humanitaires, le directeur Creighton a amélioré l'éclairage, le chauffage et la ventilation de la prison, il a fourni de meilleures chaussures, de meilleurs uniformes et couchages, et une nourriture plus variée aux détenus. La durée des exercices a été augmentée et étendue à tous les prisonniers. Il a mis en place une bibliothèque de prêt, des cours du soir et a amélioré le matériel scolaire. Il a introduit le divertissement pour et par les détenus pendant les jours fériés, et rendait visite aux détenus dans leurs cellules, dans les ateliers de travail, sur les exploitations et dans les carrières. En fait, il a même mangé ses repas dans le réfectoire des détenus. En 1873, lorsque 119 détenus ont embarqué à bord du bateau à vapeur Watertown au quai du pénitencier pour être transférés au nouveau pénitencier de St Vincent de Paul à Laval, au Québec, beaucoup ont déclaré qu’ils ne souhaitaient pas quitter ces conditions humaines de détention.

Le directeur Creighton est mort le 31 janvier 1885 à Cedarhedge. Le 2 février 1885, le Daily British Whig a écrit « Les rues aux alentours de la résidence du directeur étaient bloquées par les carrioles et presque chaque citoyen imminent était présent. Les forces de police de la ville étaient dressées à la porte, comme une haie d'honneur, le cortège était très long. »

Dr Michael Lavell (5 février 1885 – mai 1896)

Dr. Michael Lavell

Né au Québec en 1825, le directeur Lavell a suivi un enseignement à l'école de médecine de Toronto et au collège médical Jefferson, Philadelphie. En 1858, il a aménagé à Kingston et, en 1860, est devenu professeur d'obstétrique et des maladies des femmes et enfants dans le service médical de l’Université Queen’s. Reconnu comme le meilleur obstétricien, gynécologue et pédiatre de Kingston, Lavell est devenu chirurgien de l’hôpital de Kingston et chirurgien de la milice de Frontenac. En 1866, il était l’un des fondateurs du Collège royal des médecins et chirurgiens de Kingston.

En 1872, le Dr Lavell a été nommé chirurgien du pénitencier de Kingston. Croyant en l’éducation des femmes en matière de médecine, qui à l'époque n'avaient pas le droit de suivre les cours de médecine avec les hommes, le Dr Lavell a aidé à fonder le « collège médical pour femmes », à Kingston. Il y a travaillé en tant que président, doyen et professeur d'obstétrique de 1883 à 1885.

Le 3 février 1885, Lavell est devenu directeur du pénitencier de Kingston; un poste qu’il a accepté avec réticence. Il a vécu à Cedarhedge avec sa femme, Betsy, et leurs 10 enfants.

En 1885, le premier ministre Macdonald a demandé au Dr Lavell et au Dr Valade (de Montréal) d'examiner Louis Riel. Riel était condamné à mort en raison d’un soulèvement qu’il avait mené à l’Ouest. Les docteurs devaient déterminer si Riel était « ... tellement dépourvu de raison qu’il ne pouvait pas différencier le bien du mal et ne pouvait pas être considéré comme responsable de ses actes ». Le Dr Lavell a déclaré que « Riel, bien qu'il manifeste et ait des idées ridicules et étranges concernant la religion et le gouvernement, est responsable de ses actes et capable de distinguer le bien du mal ». Suite à cela, la peine de mort a été exécutée. Le Dr Lavell est lui-même mort à Kingston en 1901.

James Metcalfe, député, député provincial (22 mai 1896 — mai 1899)

James Metcalfe

James Metcalfe est né à Kingston en 1848 et a commencé à enseigner là-bas, à l’âge de 16 ans. Sa carrière dans l’éducation a duré 17 ans au cours desquels il a été directeur des écoles de Wellington, Johnson et Queen Street. De 1873 à 1878, M. Metcalfe était conseiller municipal pour le quartier de Frontenac, à Kingston. En 1879, il est devenu membre du Parlement provincial de l’Ontario. Après la mort de Sir John A. Macdonald en 1891, il lui a succédé en tant que membre représentant Kingston au Parlement fédéral. Metcalfe a été directeur du pénitencier de Kingston du 22 mai 1896 au 17 mai 1899.

Il a été dit à son sujet qu’il avait « la douceur d’un Laurier, la personnalité magnétique d’un Macdonald, la volubilité d’un Tupper et la rhétorique d’un Cartwright... » (Weekly British Whig, 5 janvier 1925). Il est mort à Kingston le 1er janvier 1925, précédé par sa femme et cinq de ses onze enfants.

Dr James Milton Platt, MD député (17 mai 1899 — mars 1913)

Né en 1840 dans le comté de Prince Edward, Platt a suivi l'enseignement de l'académie militaire Fort Edward de l’état de New York, de l’École normale de Toronto et du collège Victoria à Cobourg, en Ontario. Diplômé en tant que M.D., il a servi comme chirurgien dans le 16e bataillon, milice bénévole durant les invasions des féniens en 1866. Il a également été le premier éditeur du Picton New Nation, ainsi qu’enseignant et inspecteur d’école. De 1878 à 1892, il était membre libéral pour le comté de Prince Edward au Parlement fédéral.

À Cedarhedge, Platt avait deux limiers pour animaux de compagnie qui « faisaient penser aux prisonniers qu’ils les dévoreraient à la moindre provocation »! Des marques des chiens peuvent être observées sur l’appui de la fenêtre sud-ouest de la galerie, au deuxième étage du musée.

Son unique enfant, Garfield, a travaillé en tant que chirurgien du pénitencier de Kingston de 1931 à 1942. Le directeur Platt est mort le 27 septembre 1919 à Picton, Ontario.

Lcol Acheson Gosford Irvine (mars 1913 – août 1914)

A.G. Irvine

Le directeur Irvine est né au Québec, en 1837. Il a réalisé une carrière militaire fort distinguée. Il a reçu le grade de lieutenant dans la milice de 1864. Il a servi en tant que major dans les Fusiliers de Québec au cours de l'expédition militaire de la Rivière-Rouge vers l’Ouest en 1870. En 1871, il a été nommé commandant dans le bataillon provisoire des fusiliers du Manitoba. Il a terminé sa carrière militaire en tant que lieutenant-colonel, en 1873.

En 1875, il a été nommé sous-commissaire de la police à cheval du Nord-Ouest, et est devenu commissaire en 1880. Il a commandé la police à cheval du Nord-Ouest durant la Rébellion du Nord-Ouest (Rébellion Riel) de 1885. Il s'est retiré de la police à cheval du Nord-Ouest en mars 1886 et est devenu agent des Indiens dans la réserve des Gens-du-Sang. Il a été nommé directeur du pénitencier de Stony Mountain (aussi connu sous le nom de « pénitencier du Manitoba ») le 13 octobre 1892. Il a été décoré de l’Ordre du service impérial en 1902.

En avril 1913, à l'âge de 75 ans, il a été nommé directeur du pénitencier de Kingston, mais semble n'être réellement arrivé à Kingston qu'en août. Plus tard en 1913, il a été élu vice-président de l’American Corrections Association pour un mandat d’un an. Il a travaillé en tant que directeur pendant un an et quatre mois, prenant sa retraite du service public en août 1914. Le directeur Irvine est mort au Québec le 9 janvier 1916.

Robert Creighton (1er août 1914 – juillet 1919)

Robert Creighton

Fils de John Creighton, Robert Creighton est né à Kingston en 1861. À 21 ans, Robert est devenu commis du directeur du pénitencier de Kingston. Promu au poste de comptable le 29 décembre 1892, il a été transféré au siège d'Ottawa le 1er février 1903.

De décembre 1913 à avril 1914, M. Creighton a travaillé comme directeur du pénitencier d’Alberta, à Edmonton. Le 1er août 1914, il a été définitivement nommé directeur du pénitencier de Kingston, quarante-quatre ans après que son père ait été nommé pour le même poste.

Tout au long de la carrière du directeur Creighton au pénitencier de Kingston, la 1re Guerre mondiale a fait rage. La production des pénitenciers canadiens a changé pour soutenir l’effort de guerre. Le taux de criminalité a chuté avec le départ des hommes pour l’étranger. Jusqu’en 1918, les détenus bénéficiaient d’une grâce, à condition qu’ils s’enrôlent dans l’armée. De nombreux employés prirent des congés autorisés pour s'enrôler, des gardes intérimaires ont donc été embauchés pour prendre leurs postes.

Capt John Charles Ponsford (27 avril 1920 — env. 1932)

Capt. J.C. Ponsford

Le capitaine Ponsford s'est mis au service des pénitenciers du Canada en tant que directeur du pénitencier du Manitoba, Stony Mountain, le 4 mars 1913. Le 1er avril 1914, il devint directeur du pénitencier d’Alberta, à Edmonton, et ferma cet établissement en 1920. Le 27 avril 1920, il fut nommé directeur du pénitencier de Kingston.

À ce poste, le directeur Ponsford a procédé à de nombreux changements à Cedarhedge. Il ajouta la baie vitrée du deuxième étage sur la façade principale, afin de voir qui approchait de la maison par la route, au coin sud-est de la propriété. Son souhait de faire installer des salles-de-bain dans la maison a fait place à un interminable débat. Le siège a ressenti le besoin de lui rappeler qu’il s’agit d’une résidence du gouvernement et non d’un manoir de « millionnaire »!

Les Ponsford étaient relativement actifs dans la vie sociale locale. En octobre 1922, Mme Ponsford recevait, à Cedarhedge, le club féminin anglican de l’Université Queen’s. Le 25 octobre 1922, un numéro du Kingston Standard annonçait que « des cotillons d’Halloween, des bougies jaunes et des fougères décoraient le grand salon et étaient utilisés dans le salon de thé. Le doyen d’Ontario et le révérend W.E.Kidd étaient présents à l’heure du thé pour accueillir les filles du collège au club anglican. »

Le directeur Ponsford fut en congé de retraite de janvier à octobre 1932. Durant son absence, la première importante émeute de l'histoire du pénitencier de Kingston a eu lieu. Nous ne savons pas à ce jour, si le directeur Ponsford vivait toujours à Cedarhedge pendant son congé.

Inspecteur Gilbert Smith (agissant en qualité de directeur de janvier 1932 au 22 octobre 1932)

L’inspecteur Smith a rejoint le Service pénitentiaire en 1895 et a occupé différents postes au sein du service. Dans les années 1920, de nombreuses protestations de détenus ont eu lieu dans différents ateliers industriels du pénitencier de Kingston. Le 17 octobre 1932, ces agitations ont atteint leur point culminant avec la plus importante émeute de l’histoire de l’établissement.

Nous ignorons à ce jour si l’inspecteur Smith vivait à Cedarhedge pendant le congé du directeur Ponsford.

Lcol William Blight Megloughlin (24 octobre 1932 – 14 juin 1934)

Lt. Col. Wm. B. Megloughlin

Ancien officier de la 1re Guerre mondiale, le Lcol William Blight Megloughlin, OBE, CM, VD, était commandant du 43e régiment, les Cameron Highlanders d’Ottawa, de 1927 à 1932. Le 24 octobre 1932, il a été nommé directeur du pénitencier de Kingston avec la mission de regagner le contrôle et rétablir la discipline dans l’établissement, perdus après l’émeute de 1932. Il a occupé le poste de directeur jusqu’en juin 1934.

Durant sa période d’affectation, Cedarhedge a cessé de servir de résidence officielle pour les directeurs. La maison a été transformée en bureaux administratifs du pénitencier de Kingston. Le 17 novembre, le directeur Megloughlin a déclaré que ses bureaux seraient déplacés du pénitencier vers Cedarhedge, ou « bâtiment A-1 » (cf. Archives nationales — RG73, Vol.22, dossier 6-A-1, Vol.1). L'administration du pénitencier a ainsi pu transformer les anciens bureaux dans l'enceinte du pénitencier en nouvelles cellules, afin de décongestionner la prison.

Superintendant Brig-Gén Daniel Mowat Ormond (agissant en qualité de directeur env. novembre 1932 – env. janvier 1933)

Superintendent D.M. Ormond

Pendant une période, le superintendant Ormond a agi en qualité de directeur sous la direction de Megloughlin. Une lettre, datée du 31 octobre 1932 rapportait l'intention du superintendant d'emménager dans la maison du directeur « pour un moment ». Nous n’avons que peu d’informations sur son travail.

Ingénieur T.Nixon (15 avril 1936 – env. mai 1939)

Engineer T.Nixon

Dès août 1934, des discussions ont eu lieu sur le projet de transformer la partie arrière du bâtiment administratif en appartement pour l’ingénieur des installations afin qu’il se trouve toujours sur place en cas d’urgence. D’importantes rénovations ont été réalisées en 1935. L'appartement de l'ingénieur se situait dans la partie arrière de la maison, la partie avant était, elle, utilisée pour les bureaux administratifs. Une lettre datée du 16 avril 1936 indique que l’ingénieur L.Nixon occupait les quartiers le jour suivant (le 15 avril) (cf. archives nationales – RG73, Vol.22, dossier 6-A-1, Vol.2).

Ingénieur Arthur G. Pedder (env. 1940 – env. novembre 1952)

Engineer A.G. Pedder

Au printemps 1940, l'ingénieur des installations Pedder a envoyé des courriers demandant que des projets de décoration à neuf soient réalisés dans l’appartement de l’ingénieur (cf. Archives nationales — RG73, Vol.22, dossier 6-A-1, Vol.2). Une lettre datée du 30 novembre 1952, indique que les quartiers de l’ingénieur étaient inoccupés en novembre 1952 (cf. Archives nationales — RG73, Vol.22, dossier 6-A-1, Vol 3.). Cela semble indiquer que l’appartement de l'ingénieur devint alors chose du passé.

Après cette date, la maison a entièrement été occupée par différents bureaux administratifs du pénitencier. Les bureaux des dossiers des comptables, des employés et du personnel médical se trouvaient dans les anciens quartiers des ingénieurs. Les bureaux du directeur étaient situés dans la partie avant de la maison. En mai 1985, le musée du Service correctionnel du Canada a déménagé dans deux pièces de la partie est du premier étage. Le musée est ensuite devenu l'unique occupant de cette maison.